Lorsque Donald Trump a d’abord déclaré, il y a quelques jours, qu’en cas de répression létale, le régime iranien recevrait des coups très sérieux de sa part, la Chine est sortie de sa réserve – très tard – et a appelé à œuvrer pour un retour au calme, s’opposant à toute ingérence, comme « toujours ».
Mais le président américain a semblé franchir un sérieux cap, mardi 13 janvier, face au sombre bilan tendant à se dessiner en Iran. Il envisage de plus en plus ouvertement une nouvelle action sur place, dans le sillage de ses raids au Venezuela et en mer.
Il a annoncé au passage, de manière « définitive » et « immédiate », encore 25% de droits de douane à l’encontre des pays qui contreviendraient à ses diktats concernant Téhéran. Il fallait comprendre la Chine, principal partenaire commercial de la République islamique.
Aussitôt, Pékin a réagi de nouveau, précisant que la République populaire défendrait « résolument ses droits et intérêts légitimes », et martelant son rejet de toute opération militaire venant de l’extérieur. Le géant asiatique dit suivre « attentivement l’évolution de la situation », se gardant la possibilité de recourir à « toutes les mesures qui s’imposent » pour protéger la sécurité de ses ressortissants.
• Les Chinois « ne se sentent pas tenus » par les conséquences du « snapback » européen
Plus de 90% des exportations iraniennes vers la Chine ? Le géopolitologue Didier Chaudet, spécialiste des zones persanophones et de l’Asie du Sud, associé à l’Observatoire de la Nouvelle Eurasie, explique à RFI pourquoi de tels montants, particulièrement complexes à établir ces dernières années, sont plus que crédibles.
« Si on regarde les autres clients possibles de l’Iran, dit-il, on est face à des États qui n’ont pas les moyens d’une consommation abondante, par exemple l’Afghanistan actuellement, ou la Syrie jusqu’à la chute du régime Assad. D’autres pays n’en ont pas la volonté politique, de peur de susciter le courroux américain, comme la Turquie. »
Les Indiens, quant à eux, n’ont exprimé « un désir de braver les sanctions américaines » sur le pétrole iranien que depuis 2025, poursuit-il. Et si les Émirats arabes unis en achètent aussi, « cet allié des Américains et des Israéliens ne peut pas s’engager dans un revente de masse ». La Chine, conclut M. Chaudet, « est le seul pays avec la volonté politique, le besoin économique et la capacité financière d’absorber la majorité du pétrole iranien ».
Le spécialiste rappelle qu’environ un quart du pétrole qui se trouve en Chine populaire atterrit dans ce que l’on surnomme les « raffineries théières », de petites structures spécialisées, indépendantes sur le papier, souvent dans la province du Shandong, dans le nord-est. Elles sont connues pour acheter et raffiner du brut sous sanctions, comme celui de l’Iran ou du Venezuela. Elles évitent les circuits financiers par trop liés au dollar.
À l’heure des BRICS+ et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), deux forums dont Téhéran est membre, la Chine assume presque. Ce serait une manière pour elle « de critiquer les dernières sanctions imposées à l’Iran, jugées excessives et même illégales », décrypte Didier Chaudet.
Pékin voulait donner six mois de plus à l’Iran pour pouvoir lancer un vrai dialogue sur le nucléaire. Mais les Européens ont lancé le retour des sanctions, via le mécanisme « snapback« , entre août et septembre 2025. Or les Chinois ne se sentent pas tenus par ces sanctions.
À ses yeux, acheter du pétrole iranien, au-delà des besoins, c’est aussi « une façon d’aider le régime pour qu’il puisse se stabiliser ». « Il y a beaucoup de chercheurs sérieux sur le Moyen-Orient, en Chine, qui savent que si le régime chute, le risque, c’est que cela devienne une grande Syrie plutôt qu’une grande Suède. »
Depuis la guerre des douze jours, « des sources concordantes affirment que les Chinois ont aidé les Iraniens autrement », conclut M. Chaudet, en référence à des transferts en quantités relatives de perchlorate de sodium utilisé, après transformation, dans la composition des missiles de moyenne portée. « Ce n’est pas dans la liste des produits qui sont prohibés par les sanctions des Nations unies, et donc ce n’est touché par aucune sanction. »
La Chine espérait beaucoup de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, rompu par Donald Trump lors de son premier mandat. À la suite de plusieurs années de discussions, Pékin avait finalement trouvé un accord extraordinaire avec Téhéran en 2021, après l’arrivée de Joe Biden au pouvoir à Washington, promettant à l’époque jusqu’à 400 milliards d’investissements chinois sur 25 ans !
• Le revers du principe de non ingérence à la Chinoise en République islamique d’Iran : un soutien relatif
Le matériel russe des Vénézuéliens n’a pas été au niveau, s’est félicité publiquement le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, après l’enlèvement de Nicolas Maduro. En va-t-il de même en Iran ? « Il y a, de plus en plus, une vraie différence dans la vision iranienne entre les Russes d’un côté et les Chinois de l’autre, constate Didier Chaudet. Les Russes n’ont pas été à la hauteur du soutien attendu, malgré l’alignement de Téhéran sur le Kremlin dans le dossier ukrainien. »
Les Chinois n’ont jamais fait des promesses « à la Russe », mais ils ont aujourd’hui un armement militaire qui a fait ses preuves, notamment lors des dernières tensions indo-pakistanaises, en mai 2025. À terme, la Chine pourrait remplacer les Russes comme acteur sécuritaire de premier plan en Iran, si la République islamique se maintient.
Mais de préciser que Pékin n’est pas « dans une logique de soutien absolu » : « Quand on regarde les sources en ligne, on se rend compte que les Chinois sont conscients des faiblesses du régime. Et surtout, ils ne sont pas réceptifs au discours iranien demandant une aide plus importante de la Chine. C’est un partenaire, certes, mais pas au cœur des intérêts nationaux. La Chine n’ira pas au conflit avec Washington pour sauver Téhéran. »
L’équilibre est subtil : « Très clairement, en Chine, l’analyse qu’on retrouve le plus souvent dans les médias rappelle que la cause des tensions actuelles, ce sont des facteurs économiques internes. C’est bien sûr une critique des sanctions américaines, avant tout ; mais c’est aussi une critique indirecte de la gestion économique des autorités. Les Chinois insistent sur le fait qu’un changement de régime soutenu de l’extérieur ne peut être vu que de façon négative, mais soulignent que le pays ne doit pas si facilement se retrouver déstabilisé. »
© Signature du Pacte de coopération stratégique entre la Chine et l’Iran, 27 mars 2021 Wikimedia Commons





