Depuis la prise de pouvoir des talibans le 15 août 2021, qu’elle considère comme ses principaux rivaux, l’organisation djihadiste a étendu son influence au-delà de l’Afghanistan. Elle s’est implantée dans plusieurs pays voisins : au Tadjikistan, en premier lieu, mais aussi au Turkménistan, en Ouzbékistan et en Iran. Pris en tenaille entre les offensives des talibans afghans et celles de l’armée pakistanaise, l’EI-K a vu ses capacités militaires affaiblies. Pourtant, malgré cette pression, le groupe a démontré sa capacité à frapper bien au-delà de son territoire d’origine, ciblant aussi bien ses ennemis proches — talibans, Pakistanais, chiites — que des puissances régionales ou mondiales.
Le 3 janvier 2024, l’EI-K revendiquait l’attentat de Kerman, en Iran, qui a causé la mort de 84 personnes. Le 22 mars 2024, c’est la Russie qui était visée avec l’attentat du Crocus City Hall, une salle de concert en banlieue de Moscou, qui a fait 149 morts. La Turquie a, elle aussi, été prise pour cible à plusieurs reprises.
L’EI-K affiche par ailleurs une hostilité marquée envers la Chine, dont les investissements dans les États d’Asie centrale sont perçus comme une menace. Si Pékin n’a pas encore été directement frappé, le groupe pourrait l’intégrer à sa campagne internationale, tout comme les chancelleries occidentales. En France, la DGSI a placé l’EI-K en tête de ses priorités en 2025, alors que plusieurs projets d’attentats ont été déjoués. Le 26 octobre 2025, un homme de 20 ans, né en Afghanistan et soupçonné de liens avec l’organisation, a été arrêté à Lyon et mis en examen.
Les succès opérationnels de l’EI-K, qu’ils visent des « ennemis proches » ou des « ennemis lointains », assurent au groupe une forte visibilité et attirent de nombreuses recrues en Asie centrale, qu’elles soient persanophones ou russophones. Le groupe semble désormais moins préoccupé par l’instauration d’un califat au Khorasan que par le rayonnement international de sa « marque ».
Comment l’EI-K encaisse-t-il les attaques des talibans et de l’armée pakistanaise ? Quelle est son idéologie spécifique et pourquoi cible-t-il des pays aussi variés que l’Iran, la Russie ou la Chine ? Comment s’organise le recrutement des combattants centrasiatiques ? Quelles sont les ressources techniques, financières et humaines qui lui permettent de frapper aussi loin de sa base ?
Julie Gacon s’entretient avec Didier Chaudet.





