EI-K comme État islamique au Khorassan. Branche régionale de Daesh implantée en Afghanistan, au Pakistan et dans les pays voisins d’Asie centrale, cette organisation terroriste est devenue en quelques années la filiale la plus active et la plus meurtrière de l’État islamique. Dans sa zone d’influence mais aussi en dehors comme en Russie et dans les pays occidentaux. Dans une interview accordée en mai à la chaîne YouTube Legend, le ministre de la Justice Gérald Darmanin reconnaissait d’ailleurs que l’EI-K constituait aujourd’hui « la principale menace » terroriste planant sur la France.
Le 26 octobre, un jeune Afghan de 20 ans soupçonné d’être en lien avec l’organisation a ainsi été interpellé dans un centre de rétention administrative de Lyon par les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure. Mis en examen et écroué la semaine dernière, il est soupçonné d’avoir relayé la propagande de l’EI-K sur les réseaux sociaux et d’avoir participé à son financement via l’envoi de fonds à des djihadistes. Alors que plusieurs projets d’attentats impliquant cette branche afghane de Daesh ont été déjoués ces derniers mois en France et en Europe, 20 Minutes fait le point sur les origines de l’EI-K et sur la réalité de cette menace.
Quand cette branche de l’EI a-t-elle vu le jour ?
L’EI-K a commencé à émerger entre fin 2014 et début 2015 dans la région historique du Khorassan, qui signifie « pays du soleil levant » et englobe des territoires situés en grande partie en Afghanistan mais aussi en Iran et dans les anciennes républiques soviétiques du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan. Cette branche régionale de l’État islamique a commencé à s’étendre progressivement en attirant dans ses rangs d’anciens talibans déçus par le régime des mollahs ainsi que des djihadistes ouzbeks. « Ils ont très vite mis en place une stratégie de recrutement en intégrant d’autres groupes djihadistes de la région qui ont été séduits par la logique d’expansion de Daesh et par son idéologie plus radicale », souligne Didier Chaudet, géopolitologue spécialiste de la région.
A partir de 2019, quand l’État islamique a perdu les dernières zones qu’elle contrôlait dans ses bastions d’Irak et de Syrie, l’EI-K a encore pris de l’épaisseur, profitant de l’instabilité régnant en Afghanistan et au Pakistan pour prospérer. Comptant aujourd’hui entre 2.000 et 4.000 combattants, l’État islamique du Khorassan rêve d’établir un califat dans la région et poursuit sa stratégie de djihadisme transnational. « C’est la branche la plus importante et la plus active de l’État islamique, celle qui organise le recrutement, qui fait de la propagande dans de nombreuses langues et la seule capable de frapper à l’étranger », estime Didier Chaudet.
Quels sont les principaux attentats attribués à l’EI-K ?
Depuis sa création, l’État islamique au Khorassan mène particulièrement des actions violentes en Afghanistan, multipliant les attaques contre les talibans, leurs grands rivaux, ainsi qu’au Pakistan. Début juillet, l’organisation terroriste avait revendiqué une explosion qui avait causé la mort de quatre hauts fonctionnaires de l’administration locale et de la police dans le nord-ouest du Pakistan, à la frontière de l’Afghanistan. « Ils sont beaucoup focalisés sur cette région mais ils n’hésitent pas à frapper ailleurs », indique le consultant associé à l’Observatoire de la nouvelle Eurasie.
En mars 2024, le nom de l’EI-K avait ainsi fait la une des médias de la planète après l’attaque sanglante de la salle de concert du Crocus City Hall dans la banlieue de Moscou. Revendiqué par l’EI-K, l’attentat avait fait 145 morts. Deux mois plus tôt, l’État islamique au Khorassan avait frappé l’Iran avec une double explosion qui avait fait 84 morts dans la ville de Kerman lors des commémorations du quatrième anniversaire de la mort du général Qassem Soleimani.
Depuis ces deux attaques majeures, auxquelles on peut aussi ajouter l’attentat à l’aéroport de Kaboul en août 2021 (182 morts), « les terroristes les plus sanguinaires d’Afghanistan », selon une note de l’Institut français des relations internationales, semblent avoir perdu de leur puissance de frappe. « Ils ont été affaiblis car les services pakistanais et turcs ont mené un grand coup de filet en 2024, souligne Didier Chaudet. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ont été mis hors-jeu. »
Quelle est la réalité de la menace en France ?
L’interpellation d’un jeune Afghan à Lyon il y a dix jours a rappelé que la menace de l’EI-K était toujours bien présente sur le sol français. C’est cette même branche sanguinaire de Daesh qui avait d’ailleurs voulu frapper le marché de Noël de Strasbourg en 2022 ainsi que d’autres pays européens comme l’Allemagne ou le Danemark. Dans une interview accordée au Point en janvier 2025, la patronne de la Direction générale de la sécurité intérieure indiquait d’ailleurs que la menace portée par cette branche de l’EI était « en tête de nos priorités. » « Cette organisation a démontré qu’elle savait s’appuyer sur des ressortissants originaires d’Asie centrale ou du Caucase implantés en Europe, arrivés pour certains au gré de flux migratoires et qui peuvent servir de relais pour faire passer à l’acte des individus installés en France. »
Récemment, plusieurs enquêtes de la DGSI sur des projets d’attentats impliquant des mineurs ou de jeunes majeurs ont ainsi mis en lumière des correspondances virtuelles avec des djihadistes présumés de l’EI-K à l’étranger. Didier Chaudet ne nie pas la réalité de cette menace. « Il ne faut pas la sous-estimer car même si l’EI-K est affaibli, ils sont encore assez nombreux pour faire de la propagande et recruter de « la chair à canon » pour faire des attentats, estime le géopolitologue. Mais il ne faut pas non plus la surexagérer en Occident. Car l’État islamique au Khorassan a d’autres ennemis plus importants comme l’Iran, la Russie ou la Chine. »





