Dictature, ouverture progressiste et même un peu de Belgique : l’histoire de l’Ouzbékistan, premier pays d’Asie centrale à se qualifier pour une Coupe du monde de football, a de quoi intriguer. Ce jeudi, les Loups blancs auront à cœur de montrer les crocs pour leur entrée en lice face à la Colombie (4 h).
La magie de la Coupe du Monde, c’est aussi ça : voir débarquer des pays dont on n’aurait jamais imaginé voir la moindre rencontre, et pour lesquels on se prend parfois d’affection le temps de trois matchs de poule, voire davantage si l’histoire est belle. Cette 23e édition du Mondial, la première à réunir 48 équipes, a ouvert ses portes à plusieurs novices. Parmi eux, l’Ouzbékistan. Une recherche Google sera nécessaire à bon nombre pour situer géographiquement cette ancienne république soviétique, nichée entre le Kazakhstan, l’Afghanistan et tous ces autres pays qui finissent en « stan » dont on ne connaît généralement pas grand-chose. Et pourtant, cette ancienne plaque tournante de la Route de la soie meurt d’envie de se faire connaître au monde entier. En tant qu’acteur de la géopolitique asiatique et comme destination touristique, bien sûr, mais aussi en tant que pays de football. Dans la nuit de mercredi à jeudi (4 h), les Loups blancs disputeront le premier match de leur histoire en Coupe du monde face à la Colombie.
« Pendant vingt-cinq ans, c’est un pays qui est resté fermé, auto-centré, et dont le potentiel était obéré par l’autoritarisme et la paranoïa de ses dirigeants », explique Michaël Levystone, cofondateur de l’Observatoire de la Nouvelle Eurasie (ONE) et doctorant au Centre de Recherche Europes-Eurasie (CREE) de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). « Mais depuis la mort d’Islam Karimov en 2016, le pays s’est ouvert. En l’espace de six mois-un an, l’Ouzbékistan a commencé à parler avec tout le monde et à s’imposer comme un modèle de coopération et de dialogue dans la région. Cela reste un régime autoritaire, mais Chavkat Mirzioïev, ancien Premier ministre devenu président, est très pragmatique. Il a compris qu’il fallait faire venir des investisseurs étrangers et a contribué à libéraliser le pays. »
Dans [le] vaste projet politique [de l’Ouzbékistan], le sport est un puissant vecteur pour faire connaître le pays à l’international et lui donner une image positive. « Le Kazakhstan, qui est un voisin de l’Ouzbékistan et un concurrent très puissant en Asie centrale, a été le premier pays de la région à comprendre l’intérêt de la diplomatie sportive », détaille Michaël Levystone. « L’équipe Astana, en cyclisme, a notamment beaucoup contribué à faire parler du pays. L’Ouzbékistan a aujourd’hui bien intégré l’importance du sport comme axe de politique étrangère à part entière et comblé son retard, ainsi que le montrent les résultats obtenus lors des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024 : l’Ouzbékistan avait alors terminé treizième au classement des médailles, avec huit médailles d’or (soit sept de mieux que le Kazakhstan). »
© 10 juin 2025, les joueurs de l’équipe nationale d’Ouzbékistan célèbrent la première qualification de leur histoire pour la Coupe du Monde avec leur président au Bunyodkor Stadium (Tachkent). Comité national olympique d’Ouzbékistan, Wikimedia Commons.





