Deux semaines après le puissant séisme dans l’est de l’Afghanistan, la situation humanitaire s’aggrave. Les retours massifs de réfugiés et les lois liberticides affectent particulièrement les femmes montrent la fragilité de la société afghane sous le régime taliban.
- Chela Noori, présidente et fondatrice de l’association Afghanes de France
- Didier Chaudet, spécialiste des mondes persanophones et sud-asiatiques, géopolitologue, associé à l’Observatoire de la nouvelle Eurasie, membre du comité de rédaction de la Revue Défense nationale
Deux semaines après le violent séisme qui a endeuillé l’est de l’Afghanistan le 31 août, le pays, isolé sur la scène diplomatique, reste totalement démuni face à cette nouvelle crise humanitaire. Celle-ci survient dans un contexte déjà critique du fait de retours massifs de réfugiés expulsés ces derniers mois par l’Iran et le Pakistan voisins. Et comme d’habitude, depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en août 2021, la crise touche particulièrement les femmes, soumises à des lois liberticides qui compliquent leur prise en charge médicale.
Comment la situation des Afghanes et des Afghans a-t-elle évolué au cours de ces quatre ans sous le régime des talibans ? Alors que la Russie leur a offert une première reconnaissance diplomatique en juillet, le pays pourrait-il commencer à sortir de son isolement ? Au-delà des postures morales et autres déclarations d’intentions, l’Europe a-t-elle encore un rôle à jouer dans ce dossier ?
Une situation alarmante dans un contexte d’isolement diplomatique
Aujourd’hui, près de 30 % de la population afghane connaît une crise humanitaire d’urgence, à la limite de la famine. Une souffrance qui touche plus particulièrement les femmes et les jeunes enfants, un constat alarmant, et occulté qu’a pu faire Chela Noori, présidente de l’association Afghanes de France, en allant sur place il y a quelques semaines : « Les jeunes filles et les femmes sont en souffrance psychologique totale, toutes celles qui étaient en activité ou étaient étudiantes, sont désormais devenues des femmes au foyer, ce n’était pas leur rêve. Il y en a beaucoup qui se suicident, et on parle très peu du suicide en Afghanistan, parce que c’est interdit dans l’islam. Beaucoup de suicides qui sont déguisés en forme de mort naturelle. Il y a beaucoup, beaucoup de morts qui sont cachés à ce niveau-là, et pareil pour les jeunes garçons, j’en ai vu, qui sont en crise totale, certains se suicident également, d’autres essaient de fuir, donc quand ils essaient de fuir, ceux qui arrivent à réussir à venir dans des pays en Occident, tant mieux, mais beaucoup meurent sur la route, on n’en parle pas non plus.«
Le peuple afghan de plus en plus isolé
Le départ des États-Unis et d’autres puissances de l’Afghanistan a plongé le peuple dans l’isolement, sans aide économique. L’État afghan est, depuis des décennies, dépendant des puissances économiques. Didier Chaudet, spécialiste des mondes persanophones et sud-asiatiques nous explique ces enjeux stratégiques : « Jusqu’à aujourd’hui, il y a toujours eu ce jeu où l’Afghanistan, d’une façon ou d’une autre, était vu comme un pion dans la compétition internationale entre les grandes puissances, d’abord entre Russes et Britanniques, ensuite entre Américains et Soviétiques. Et après la guerre froide, vous avez eu très vite ces tensions régionales, par exemple l’Inde-Pakistan qui essaie d’avoir une influence en Afghanistan, l’Iran qui se braque quand les Américains arrivent en Afghanistan parce qu’ils voient un ennemi arriver à leurs portes. Et aujourd’hui, Russie, Chine et États-Unis qui gardent un œil sur la zone, sachant que pour l’instant, elle n’est pas prioritaire, mais que selon l’évolution entre grandes puissances, elle pourrait le devenir, mais en effet, comme ça a été dit, ça ne sera jamais pour le bien du peuple afghan, ça sera pour utiliser une section contre une autre représentant qui les Russes, qui les Américains, qui les Chinois.«





