Pakistan – Afghanistan : Terrorisme, ligne Durand, échec diplomatique… Pourquoi les deux pays s’affrontent-ils ?

Médias & Interventions
Didier CHAUDET
27 février 2026
green flag on pole under blue sky during daytime

Didier Chaudet cité par Diane Regny pour 20Minutes

C’est une« guerre ouverte », martèle Islamabad. Ce vendredi, le Pakistan a bombardé plusieurs grandes villesd’Afghanistan. La veille, Kaboul avait lancé des attaques sur des cibles pakistanaises proches de la frontière, en réponse à des attaques aériennes de son voisin. Les deux pays s’affrontent régulièrement depuis le retour au pouvoir du régime taliban à l’été 2021.

Pourtant, lePakistana longtemps été proche de son voisin de l’est et se voit régulièrement accusé d’avoir soutenu les talibans afghans. Quelles sont les raisons de cette escalade ? Qui pourrait l’emporter en cas de conflit ouvert ?20 Minutesfait le point sur cette poudrière au cœur de l’Asie.

Pourquoi le Pakistan et l’Afghanistan s’affrontent-ils ?

« C’est avant tout une question sécuritaire », répond Didier Chaudet, géopolitologue associé à l’Observatoire de la Nouvelle Eurasie et membre du comité de rédaction de la revueDéfense Nationale. Depuis de très nombreuses années, lePakistan est confronté à une violence terroriste chronique. En 2025, le pays a subi près de 700 attaques terroristes,selon le Rapport sur la sécurité au Pakistan 2025 publié par l’Institut pakistanais d’études sur la paix (PIPS).Islamabad pointe du doigt les talibans pakistanais, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), qu’il considère comme le principal responsable.

Dans ce contexte, « les autorités pakistanaises ont eu l’espoir que les choses allaient se calmer après l’arrivée au pouvoir des talibans afghans en août 2021. Au contraire, les attaques terroristes se sont multipliées, le TTP a repris du poil de la bête et pu se fournir en armes en Afghanistan [où de nombreuses armes américaines ont été perdues] », souligne Didier Chaudet.

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Quels sont les autres points de tension ?

Il existe un contentieux ancien autour de la frontière qui sépare les deux pays. Surnommée la ligne Durand, elle a été tracée à l’époque coloniale et n’a jamais été pleinement reconnue par Kaboul. Le territoire du peuple Pachtoune a été arbitrairement divisé entre l’Afghanistan et le Pakistan. La question sécuritaire, prioritaire, se greffe donc sur un contexte territorial et historique déjà explosif. Et ce dernier est bien entendu récupéré par les différents acteurs. « D’un côté, les talibans pakistanais aspirent à contrôler les zones pachtounes, voire à renverser le pouvoir établi à Islamabad. De l’autre, les talibans afghans contestent la frontière qu’ils jugent injuste et ambitionnent de récupérer une partie du territoire », analyse Didier Chaudet.

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Quelle issue peut-on imaginer ?

Fort d’une armée de 650.000 hommes et de l’arme nucléaire, le Pakistan fait office de géant militaire face à l’Afghanistan. « Dans une guerre de basse intensité, l’Afghanistan peut s’avérer très gênante pour le Pakistan, notamment avec des attaques terroristes. Mais dans une opposition plus conventionnelle, les Pakistanais ont largement l’avantage », décrypte Didier Chaudet. Kaboul en est d’ailleurs conscient. Le porte-parole du régime, Zabihullah Mujahid, a insisté sur leur volonté de trouver une « solution pacifique » et de résoudre la situation par « le dialogue ».