Le président russe est au Tadjikistan ce jeudi 9 octobre, pour rencontrer les dirigeants des cinq États de cette région convoitée et très riche en ressources naturelles. Le Tadjikistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan ont longtemps été perçus comme inclus dans la sphère d’influence russe. Mais la Chine y est désormais solidement implantée grâce à ses « Nouvelles Routes de la Soie ».
Moscou veut la garantie que la Russie ne soit pas la grande perdante de la politique d’équilibre entre les grandes puissances que mènent les pays d’Asie centrale. C’est là tout l’enjeu de la visite de Vladimir Poutine au Tadjikistan.
L’invasion de l’Ukraine et les sanctions prises en représailles contre l’économie russe ont transformé cette région entre la Chine et l’Europe, et entre la Russie et l’Asie du Sud, en une zone stratégique, où s’affrontent diplomatiquement les grandes puissances, avec une Russie qui peine de plus en plus à y peser économiquement face à la Chine.« C’est une façon de rappeler à ces pays d’Asie centrale que la Russie reste un acteur majeur pour la vie de cette région. Un acteur économiquement très intéressant pour une région extrêmement convoitée pour ses terres rares, son potentiel en matière d’énergies renouvelables et dans le domaine de la connectivité », explique Michaël Levystone, co-fondateur de l’Observatoire de la Nouvelle Eurasie (ONE), doctorant au Centre de Recherche Europes-Eurasie (CREE) de l’INALCO.
Influence économique de la Chine
L’invasion de l’Ukraine et les sanctions prises en représailles contre l’économie russe ont transformé cette région entre la Chine et l’Europe, et entre la Russie et l’Asie du Sud, en une zone stratégique, où s’affrontent diplomatiquement les grandes puissances, avec une Russie qui peine de plus en plus à y peser économiquement face à la Chine.
« La Chine est depuis 2023 un partenaire commercial plus important pour le Kazakhstan que la Russie, donc on voit bien qu’il y a une tendance au renforcement de l’influence économique chinoise en Asie centrale. Pékin est par ailleurs très largement en tête du commerce extérieur du Turkménistan, dont il importe des quantités de gaz pharaoniques depuis le début des années 2010 », rappelle Michaël Levystone.
Selon le chercheur, « la Russie fait pâle figure comparée à la Chine, à l’Europe et aux pays du Golfe (on pense singulièrement aux Émirats arabes unis et à l’Arabie saoudite), pour ce qui est d’accompagner les pays d’Asie centrale dans leur transition énergétique. Sur les terres rares, l’UE et les États-Unis sont particulièrement attentifs, et de plus en plus présents. Quant au nucléaire, l’un des points forts traditionnels de la diplomatie économique de Moscou, Rosatom a remporté des victoires à la Pyrrhus en Asie centrale : le Kazakhstan lui a confié la construction de sa centrale nucléaire sur le lac Balkhach pour annoncer dans la foulée recourir à la Chine pour un projet similaire, avec pour objectif évident de s’éviter une trop forte dépendance vis-à-vis de la seule Russie pour sa sécurité énergétique ; quant à l’Ouzbékistan, signataire d’un contrat ambitieux avec Rosatom en 2018, il a revu à la baisse en 2024 les objectifs en termes de capacités installées de sa propre centrale, en construction sur le lac Touzkan. »
Mais malgré cette compétition économique avec Pékin, Russes et Chinois partagent des intérêts communs dans la région : la stabilité de gouvernements autoritaires et la lutte contre les mouvements terroristes, notamment en provenance de l’Afghanistan voisin.
© AP, Kristina Kormilitsyna.





