Au Turkménistan, la mort d’un journaliste lève le voile sur le travail forcé dans les champs de coton

Médias & Interventions
Michaël LEVYSTONE
30 janvier 2024

Le journaliste Khudayberdy Allashov est mort en août dernier, après avoir été persécuté une dizaine d’années durant par les autorités turkmènes. Elles lui reprochaient d’avoir osé écrire sur le travail forcé systématique dans les champs de coton du pays. Un secret de polichinelle, qui n’empêche pas certaines marques de textile européennes de se fournir encore au Turkménistan.

Des articles sur les accidents de la route, les inondations ou le nettoyage de la ville avant une visite présidentielle, qui pourraient paraître anodins n’était « l’extrême dangerosité de la dictature turkménistanaise », comme le décrit le chercheur Michaël Levystone, auteur de l’ouvrage Asie centrale. Le réveil. « Même la retranscription factuelle d’une situation insatisfaisante est vue comme une offense personnelle à l’encontre du président, détaille le chercheur. Il n’y a pas pire pays dans tout l’espace post-soviétique. »

Le coton est vital pour ce pays parmi les plus fermés au monde : en 2022, le Turkménistan en a exporté pour un peu moins de 300 millions de dollars. « C’est quelque chose de considérable pour le pays, même s’il est difficile d’avoir des chiffres précis », détaille Michaël Levystone. Le coton représenterait 2% du PIB du Turkménistan. Le régime y veille donc jalousement et ne tolère aucune critique à l’égard de ses méthodes de récolte.