Le 15 janvier dernier, le président iranien, était en visite officielle à Douchanbé, capitale du Tadjikistan. Il était l’invité d’honneur du « Forum Iran-Tadjikistan pour le Commerce, l’investissement économique et le tourisme ». C’était surtout l’occasion d’une rencontre au sommet avec le président tadjik, Emomali Rahmon. Les photos officielles montrent deux hommes d’un certain âge, détendus, amicaux… une vision à laquelle on s’attend si on croit, comme Mahmoud Ahmedinejad, que les deux pays sont « un esprit dans deux corps ».
Cela ne cadre toutefois pas avec les informations régulières qui ont pu être mises en avant depuis au moins un quart de siècle, présentant une réalité plus complexe, avec des moments franchement hostiles. Comment donc expliquer cette récente détente ; et peut-elle être considérée comme durable ?
Un tour d’horizon de la relation bilatérale
Pour mieux saisir les rapports entre les deux nations persanophones, il faut comprendre le positionnement tadjik. Dans un espace soviétique définissant la nationalité par des critères ethno-linguistiques, l’Asie centrale, essentiellement un monde culturel turco-persan, forgé par l’histoire longue, était difficile à aborder. Cela a signifié, dans les années 1920, une nation tadjike concrètement amputée de territoires historiquement tadjiks (notamment Samarcande et Boukhara) par décision du Kremlin. Pire encore, dans ce territoire amputé, les divisions régionales ont nourri, après l’indépendance, et jusqu’en 1997, une guerre civile particulièrement violente : 157 000 tués (certains chiffres officieux vont jusqu’à 300 000 tués), 1,5 million de déplacés intérieurs, 600 000 réfugiés dans un Afghanistan pourtant lui-même instable à l’époque, sur une population alors de 5,1 millions de Tadjiks. À cette réalité historique, il faut ajouter le fait qu’à la fin de la guerre civile, face à l’instabilité bien réelle du pays, plusieurs années après la guerre civile, le régime à Douchanbé a fait le choix d’un autoritarisme qui, s’il pouvait éviter le retour du chaos, signifiait également liquider l’accord de paix avec l’opposition dite « islamo-démocrate » (1).





