Népal : l’impact géopolitique du mouvement populaire

Publications extérieures
Didier CHAUDET
16 septembre 2025

Le mercredi 10 septembre 2025, le calme commence à revenir dans la capitale du Népal, Katmandou. Après deux jours de manifestations violentes, cinquante et une personnes sont mortes et plus d’un millier ont été blessées. L’armée semble avoir rétabli l’ordre ; mais la victoire a bien été remportée par le peuple révolté : le Premier ministre Khadga Prasad Sharma Oli a démissionné et le pouvoir politique traditionnel a été désavoué. Illustrant la colère profonde de la population, on se rappellera en particulier des images du Parlement et des maisons de politiques brûlés, mais aussi de l’humiliation (1) du ministre des Finances, Bishnu Prasad Paudel, qui a été déshabillé, battu et poursuivi dans une rivière.

La révolte populaire était le produit de l’interdiction de fait de plus d’une vingtaine de réseaux sociaux. Il ne faut pas faire l’erreur de considérer que le motif était futile : la « génération Z » du Népal s’exprime politiquement, en priorité, sur les réseaux sociaux. Un mois avant les événements de ces derniers jours, une campagne contre le népotisme avait été lancée par le biais de ce type de plateformes. Le pouvoir politique a donc voulu retirer à la population les moyens de critiquer une corruption qui salit durablement des institutions démocratiques récentes, existant depuis 2008 (2). Il a sous-évalué la réaction populaire et en a payé le prix.

Un tel séisme politique pourrait peser sur la diplomatie du pays. Après tout, le Népal est un État clé dans la relation entre l’Inde et la Chine : le premier considère ce pays enclavé comme son pré-carré, l’Inde post-1947 héritant de l’influence du Raj britannique ; le second a su devenir un acteur économique indispensable au Népal depuis la décennie 2010, mettant en danger l’influence indienne. Les manifestations pourraient, directement ou indirectement, peser sur les intérêts de ces puissances ; et donc sur la géopolitique asiatique…