L’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022 ; la dernière guerre israélo-palestinienne, conséquence directe de l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas sur le sol israélien le 7 octobre 2023 ; le nouveau retrait américain de l’accord de Paris sur le climat, entériné le 20 janvier 2025, date du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche : tous ces événements ont sérieusement érodé la gouvernance mondiale. Dans ce contexte de forte volatilité géopolitique imprimée par l’unilatéralisme débridé des grands de ce monde – qu’aggrave, dans la sphère économique, un recours accru aux sanctions –, la question se pose de savoir si des puissances moins éminentes, plus intermédiaires, pourraient porter un discours de nature à faire à nouveau prévaloir, sur la scène internationale : la diplomatie sur l’escalade ; le dialogue sur la force ; l’équilibre sur la domination ; la coopération sur la confrontation – en un mot : la paix sur la guerre.
(Auto-)promues en tant qu’interlocuteurs constructifs, ces « puissances moyennes » (Middle Powers) peuvent être définies suivant deux séries de critères :
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FACTEURS INTRINSÈQUES |
CHAMP D’ACTION EXTÉRIEUR |
| Une démographie non négligeable | Une appétence pour la médiation internationale |
| Un emplacement stratégique | L’appropriation de créneaux diplomatiques fédérateurs (transition énergétique, sécurité alimentaire, non-prolifération nucléaire, dialogue interreligieux…) |
| Des capacités militaires et/ou d’innovation | Un attachement indéfectible aux principes onusiens, et notamment ceux afférents au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États indépendants et à une résolution pacifique des différends politiques (article 2, alinéa 4 de la Charte des Nations unies) |
| Un potentiel de croissance économique justifié par des ressources naturelles plus ou moins pléthoriques, un tissu industriel relativement développé, la présence d’une classe moyenne | La maîtrise alléguée d’un multilatéralisme efficace, résultant d’une capacité à jeter des ponts avec les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU pour revitaliser des dossiers urgents et d’intérêt commun qui y sont frappés de paralysie |
L’Asie centrale est-elle un incubateur de Middle Powers ?
Il serait, à bien des égards, extrêmement tentant de vouloir voir en l’Asie centrale actuelle un vivier à puissances moyennes.
Primo, l’Asie centrale constitue une zone à forte profitabilité :
- stratégique, au regard de sa localisation entre les grandes puissances d’Eurasie (voisinages immédiat de la Russie, de la Chine et de l’Iran, et plus lointain de la Turquie et de l’Inde), sans oublier, hélas, sa proximité avec le maelström afghan ;
- énergétique, compte tenu de ses conséquentes réserves de pétrole (côtes caspiennes du Kazakhstan), de gaz (Turkménistan, voire Ouzbékistan) et d’uranium (Kazakhstan et Ouzbékistan), sans omettre un potentiel de plus en plus exploité dans le renouvelable et les terres rares ;
- géoéconomique, l’Asie centrale faisant plus que jamais, à la faveur des sanctions anti-russes, figure de passage obligé pour les grands projets de connectivité reliant la Chine à l’Europe (sens Est-Ouest) et la Russie à ses partenaires sud-asiatiques (sens Nord-Sud).
Secundo, l’Asie centrale est une région a priori plus unie. Consacrée à plusieurs reprises par des résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU en tant qu’acteur spécifique des relations internationales – « région d’importance pour la paix, la stabilité et le développement durable » (2018), « zone de paix, de confiance et de coopération » (2024) –, elle est en outre pacifiée depuis la conclusion, le 13 mars 2025, d’un accord frontalier entre le Kirghizstan et le Tadjikistan, enfants terribles du Ferghana. Par ailleurs, cette région qui avait vu sa cohésion d’ensemble sensiblement amenuisée par la rivalité (pour le moins stérile) à laquelle le Kazakhstan et l’Ouzbékistan s’étaient livrés entre 1991 et 2016, date de l’arrivée de Chavkat Mirzioïev à la présidence de la République à Tachkent, bénéficie de l’élévation (actée en 2022, effective depuis 2024) des relations bilatérales de ses deux puissances phares au rang d’alliance pour se présenter en bloc plus homogène sur la scène internationale.
Tertio, l’Asie centrale aspire à jouer un rôle autrement plus actif que celui auquel son enclavement l’a trop longtemps et injustement cantonnée. Sa réinsertion dans le champ diplomatique international s’opère, notamment, par un cap mis de façon assez claire par les dirigeants centrasiatiques sur les Nations unies, ce qu’illustre l’inauguration, en août 2025 à Almaty, d’un Centre consacré aux objectifs de développement durable pour l’Asie centrale et l’Afghanistan, une structure qui pourrait être suivie d’une nouvelle, en charge de la lutte contre la désertification, si la proposition récemment soumise en ce sens par le Turkménistan venait à être suivie d’effet. Les pays centrasiatiques tendent en parallèle à adopter une approche ragaillardie de la diplomatie internationale, n’hésitant pas à tenir des discours plus musclés sur un certain nombre de sujets, tel qu’en 2025 à la tribune de l’ONU, dans le cadre de la 80e session de son Assemblée générale : flèches décochées par le Kirghizstan contre les mesures de rétorsion imposées par les Occidentaux tant à ses entreprises et établissements de crédit, pour aider la Russie à contourner les sanctions ciblant sa propre économie, qu’aux Talibans, qui ne peuvent mettre la main sur les quelque 9 milliards de dollars d’avoirs afghans gelés aux États-Unis depuis leur retour au pouvoir à Kaboul ; dénonciation par le Kazakhstan d’une sélectivité dans l’application des règles du droit international.
Le Kazakhstan, chef de file des Middle Powers centrasiatiques
Parler de puissances moyennes en Asie centrale requiert de mettre l’accent sur le Kazakhstan. Pays transcontinental à la jonction du premier marché de consommation de la planète (Europe) et de la deuxième puissance économique mondiale (Chine), le Kazakhstan est le plus grand État non côtier existant – la mer Caspienne demeurant une mer fermée – qui peut, en outre, se targuer de faire vivre paisiblement sur son sol 140 « nationalités » (au sens d’« ethnies »), suivant un mot d’ordre pleinement conforme au logiciel des puissances moyennes : « Unité dans la diversité ». Le Kazakhstan assume de surcroît un rôle tout à fait exorbitant dans l’économie régionale : premier producteur centrasiatique (et même mondial) d’uranium, ce pays, qui inclut à lui seul les deux tiers de la superficie centrasiatique, aimante les projets majeurs de la connectivité en Eurasie, tant dans le sens de la longitude (Nouvelles Routes de la Soie, Middle Corridor, Global Gateway Program) que dans celui de la latitude (Corridor de transport international Nord-Sud, INSTC).
Dès les premières années de son indépendance, le Kazakhstan s’est manifesté, sur la scène internationale, par une authentique boulimie diplomatique. Les autorités kazakhstanaises – parmi lesquelles le ministre des Affaires étrangères de l’époque, un certain Kassym-Jomart Tokaïev – ont conçu une stratégie de politique étrangère appelée « multi-vectoralisme », consistant à permettre au seul pays d’Asie centrale à voisiner tant avec la Chine qu’avec la Russie de consolider sa souveraineté par une diversification poussée des partenariats politiques et économiques à l’international, champ d’expérimentation d’une diplomatie multilatérale elle-même des plus actives. Et pour preuve : après avoir assumé, à partir de 2002, une longue présidence de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA), puis pris la tête de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 2010 – une première pour un État postsoviétique –, le Kazakhstan est devenu la première (et à ce jour unique) république centrasiatique à exercer un mandat de membre non permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018. Dans l’intervalle, les diplomates kazakhstanais auront fait la démonstration de leurs talents de médiateurs, relativement à d’importants dossiers régionaux : nucléaire iranien (rounds d’Almaty en 2013), brouille russo-turque de 2015-2016 (intercession personnelle du président Nazarbaïev), négociations russo-turco-iraniennes sur la Syrie (processus d’Astana lancé en 2017).
La revendication, somme toute récente, de son statut de Middle Power par un pays d’ordinaire très fier de sa prédominance géographique et économique en Asie centrale n’a pas manqué de produire des conséquences concrètes. D’un côté, le Kazakhstan a lancé, en 2023, une plateforme annuelle de discussions consacrées aux grandes questions de politique étrangère, de défense, d’économie et d’environnement : le Forum international d’Astana (AIF). Cet événement, qui met en présence chefs d’État et de gouvernement, représentants de grandes organisations et institutions financières internationales, universitaires et journalistes, vise à asseoir l’influence du pays hôte sur les affaires régionales et mondiales. D’un autre côté, le Kazakhstan reprend à son compte la rhétorique qu’affectionnent d’autres puissances intermédiaires, ainsi qu’en témoignent les préconisations faites par le président Tokaïev, à l’occasion de son discours prononcé lors de la 80e session de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York en septembre 2025, portant sur une refonte et un élargissement du Conseil de sécurité des Nations unies pour en faire un organe davantage responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales.
Les républiques d’Asie centrale : des Middle Powers aux marges de manœuvre fondamentalement limitées
Il faut se garder de prêter aux États centrasiatiques une trop grande capacité à peser en propre sur la gouvernance mondiale et la diplomatie multilatérale. Plusieurs raisons commandent cette prudence :
- L’Asie centrale avance toujours en ordre dispersé sur le front diplomatique. Pour rester focalisé sur la 80e session de l’Assemblée générale de l’ONU, Kassym-Jomart Tokaïev (Kazakhstan) et Chavkat Mirzioïev (Ouzbékistan) se sont exprimés sur les guerres en Ukraine et à Gaza (pour laquelle ils ont chacun prôné la solution à deux États), ont alerté sur les conséquences du réchauffement climatique – pour l’Asie centrale comme pour le reste du monde – et appelé à un renforcement des institutions multilatérales. En un mot, les chefs des deux États les plus puissants de la région y ont fait preuve d’un esprit de responsabilité en phase avec l’image qu’entendent renvoyer les dirigeants de nombre de puissances moyennes. Hormis Emomali Rakhmon (Tadjikistan), qui s’est plutôt inscrit dans leur lignée pour avoir, lui aussi, évoqué Gaza et insisté sur l’urgence climatique, leurs autres homologues ont défendu des positionnements pour le moins hétéroclites, et même assez déconcertants. Sadyr Japarov (Kirghizstan) a adopté un narratif acerbe sur la militarisation de l’économie mondiale non dénué de fondement, mais légèrement à contre-temps – véhément sur le sujet lors de l’édition inaugurale de l’AIF en 2023, le président Tokaïev semble depuis s’en être dessaisi ; il a par ailleurs fustigé les « récentes attaques de missiles contre l’Iran et le Qatar », sans pointer nommément la responsabilité d’Israël, pour se montrer sensiblement moins loquace sur les combats faisant toujours rage en Ukraine. Quant à Serdar Berdymoukhamedov (Turkménistan), il n’a juré que par la « Neutralité permanente », concept suprême de la politique étrangère de son pays consacré en 1995 par l’ONU, et qu’il a tenu à ériger auprès de la communauté internationale en modèle à suivre en vue de résoudre les conflits dans un monde dont ni l’Ukraine, ni Gaza, ni même l’Afghanistan – pourtant limitrophe du Turkménistan sur plus de 700 km d’une frontière désertique – n’ont été mentionnés durant son allocution.
- Les pays centrasiatiques sont les adeptes d’un « minilatéralisme » de papier. Au cours des dernières décennies, l’architecture internationale s’est agrémentée de groupes de pays plus ou moins hétérogènes et informels, qualifiés de « minilatéraux », dont les plus emblématiques sont actuellement le G20 et les BRICS+. Tandis qu’ils ne sont pas dotés d’économies à ce jour suffisamment puissantes pour être admis de plein droit aux réunions du G20 – où Noursoultan Nazarbaïev avait cependant été accueilli en qualité d’invité d’honneur aux sommets de Saint-Pétersbourg (2013) et de Hangzhou (2016) –, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan rechignent à adhérer, là aussi en tant que membres, aux BRICS+ – un pas de côté que justifie leur refus de s’aliéner, par une affiliation à une internationale anti-occidentale, les puissances de l’Ouest avec lesquelles Astana comme Tachkent ne cessent d’approfondir les liens économiques et politiques (sur la seule année 2025, l’Ouzbékistan a ainsi scellé un traité de partenariat stratégique avec la France et conclu un accord de partenariat et de coopération renforcé avec l’UE). Enfin, pour ce qui concerne les Réunions consultatives des chefs d’État d’Asie centrale, une plateforme annuelle de dialogue inaugurée en mars 2018 entre les cinq hommes forts de la région, elles ne parviennent à donner naissance à une organisation régionale intégrée, le Turkménistan refusant de signer le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération pour le développement de l’Asie centrale au XXIe siècle dévoilé lors de la quatrième édition, tenue en 2022 à Tcholpon-Ata (Kirghizstan). En entérinant l’adhésion de l’Azerbaïdjan – qu’ils s’étaient jusqu’ici contenté d’accueillir en tant qu’hôte d’honneur – durant la septième édition organisée à Tachkent en 2025, les chefs d’État centrasiatiques ont indiqué, en filigrane, être plus enclins à jeter un pont de l’autre côté de la Caspienne qu’à franchir le cap d’un approfondissement supplémentaire du dialogue politique et des axes de coopération sectorielle intéressant leur cadre régional stricto sensu.
- Sur le plan économique, l’Asie centrale demeure un bloc spectral. Elle reste écartelée entre ceux de ses États qui ont décidé de rallier l’Union économique eurasiatique (UEEA) – à savoir le Kazakhstan (2014) et le Kirghizstan (2015) – et les trois autres, l’Ouzbékistan se contentant depuis 2020 d’un statut d’observateur. Par ailleurs, les États centrasiatiques ne réalisent que très peu d’échanges économiques entre eux, à la différence de pays appartenant à d’autres aires régionales de la planète, qu’il s’agisse de l’Union européenne ou encore de l’Asie orientale. Pour ne prendre que l’exemple des deux principales économies centrasiatiques, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ne dépassent qu’assez péniblement la barre annuelle de 5 milliards de dollars d’échanges, portant donc à croire que l’élévation en 2022 de leurs excellentes relations bilatérales au rang d’alliance tarde encore à se concrétiser par une réévaluation à la hausse de leurs interactions commerciales.
- Le discours moralisateur tenu par les régimes centrasiatiques est, pour le moins, inapproprié. Les appels lancés par les leaders centrasiatiques, parmi d’autres dirigeants de puissances moyennes, à une « démocratisation » en bonne et due forme du Conseil de sécurité des Nations unies proviennent, faut-il le rappeler, de dignitaires à la tête de régimes ne répondant pas eux-mêmes aux canons du pluralisme politique. Quant aux diatribes adressées au « Deux poids, deux mesures » de pays prétendument adeptes d’une indignation à géométrie variable suivant des conflits hiérarchisés comme « plus ou moins importants » au gré de leurs intérêts géopolitiques spécifiques, elles perdent singulièrement de leur substance lorsque les diplomaties centrasiatiques sont renvoyées à leur propre positionnement sur la guerre en Ukraine, pour laquelle elles se montrent toutes incapables de condamner explicitement la Russie pour sa violation de règles de droit international dont elles se proclament pourtant, chacune, la très ardente et sincère défenseure. Quoiqu’elle-même voisine de la Russie et, pour ce qui la concerne, bien plus alignée idéologiquement sur le Kremlin à l’heure actuelle que ne peuvent l’être certaines républiques centrasiatiques, la Géorgie n’a pas manqué de voter la résolution onusienne du 2 mars 2022 pour dénoncer les agissements de Moscou chez son voisin ukrainien…
- Un changement de braquet paraît s’imposer. Se faire les parangons de créneaux diplomatiques aussi consensuels que la transition énergétique est éminemment louable. Cependant, la question de l’opportunité d’une telle stratégie se pose nécessairement à l’heure où la première puissance mondiale – qui s’avère être le plus gros pollueur de la planète – se retrouve à nouveau sous la coupe d’un climatosceptique notoire. En clair, pour peser sur le nouvel ordre mondial façonné par la strate de crises profondes survenues au cours des dernières années, il semble que les Middle Powers d’Asie centrale doivent se départir de leur neutralité traditionnelle pour se saisir plus franchement de dossiers qui fâchent, à commencer par l’Ukraine, foyer majeur de tensions de l’espace postsoviétique, et même de la scène internationale, à l’heure où sont écrites ces lignes. L’espoir d’une implication plus forte du Kazakhstan dans les négociations de paix russo-ukrainiennes a pu naître de la rencontre officielle entre Kassym-Jomart Tokaïev et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 23 septembre 2025 à New York, avant de s’évanouir presque aussitôt, faute de résultats concrets, et de voir les relations entre Astana et Kiev traverser une zone de turbulence fin novembre, lorsqu’un drone ukrainien a frappé le port russe de Novorossiïsk (mer Noire), porte d’entrée de l’or noir kazakhstanais dans les marchés européens. Sauf à se complaire dans une neutralité lénifiante que ne renierait probablement pas le Turkménistan, apôtre d’un mutisme obsidional depuis trente ans, les Middle Powers d’Asie centrale porteurs d’aspirations au renouveau de la pratique du droit et des relations internationales ne pourront vraisemblablement, à terme, faire l’économie d’un changement de doctrine. Le « Partenaire de tous, adversaire pour personne » semble d’autant plus difficile à tenir sur la durée pour ces pays que ceux-ci font, comme rarement, l’objet de convoitises de la part des grandes puissances.
- Quoi qu’ils en disent, les Middle Powers d’Asie centrale continuent d’accuser de lourdes dépendances vis-à-vis des grandes puissances. Dopé par les conséquences de la guerre en Ukraine, l’activisme multilatéral des diplomaties d’Asie centrale a présidé à l’établissement ou à la montée en régime de plateformes de dialogue mettant les cinq pays de la région en présence des grands de ce monde : les États-Unis (dont le président a reçu pour la première fois ses cinq homologues centrasiatiques à la Maison-Blanche en novembre 2025), mais aussi l’UE (qui a envoyé ses deux plus hauts représentants à Samarcande en avril), l’Allemagne, la Russie et la Chine. Ensuite, c’est précisément avec le concours des grandes puissances que l’Asie centrale peut ambitionner de matérialiser son beau potentiel économique : Chine, UE, Russie et Inde pour ce qui concerne les principaux projets de connectivité ; Chine, UE et États-Unis pour les matières premières critiques (dont les terres rares) ; Russie, Chine (et peut-être France, à terme), s’agissant de l’implantation de centrales nucléaires ; États-Unis et UE (mais aussi, il est vrai, pays du Golfe) en matière de transition énergétique. L’ADN diplomatique du pays le plus avant-gardiste d’Asie centrale en la matière est tout aussi révélateur de la prégnance des grandes puissances dans la vie de cette région : si pertinent soit-il, le « multi-vectoralisme » d’Astana a, en effet, lui-même été conditionné ab initio par la propension des grandes puissances extra-régionales à répondre aux demandes kazakhstanaises de démultiplication des partenariats à l’international : Japon, États-Unis, UE, France. C’est bien parce qu’il a bénéficié de ces précieux apports extérieurs que le Kazakhstan s’est trouvé en mesure d’aiguiser sa faculté à conduire une politique étrangère de son choix et équilibrée dans un contexte aussi sensible, géopolitiquement, que le sien.
© Kassym-Jomart Tokaïev s’était déjà entretenu avec Volodymyr Zelensky en marge de l’Assemblée générale des Nations unies : c’était le 24 septembre 2019. Wikimedia Commons.





